Antoine Grammatico: mes romans

Christophe BELLAN

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Voici un ouvrage intéressant à plus d’un titre.

Christophe Bellan, gendarme en retraite s’est fait aider par un biographe, Christian Proust, pour relater son combat afin de faire reconnaître la responsabilité de l’Etat dans le syndrome de stress post-traumatique, dont il souffre encore, à la suite d’une intervention, lors de laquelle il aurait pu perdre la vie. La lecture de l’ouvrage est donc agréable.

Son histoire est un peu un cas d’école dans lequel on retrouve tous les ingrédients bien connus des drames humains, dont sont victimes les militaires de la gendarmerie : couardise des chefs, volonté de travestir une réalité dérangeante, ignorance volontaire de la souffrance d’autrui, mise à l’écart, anomalies administratives dans le traitement d’une demande de pension, etc…

Christophe Bellan s’en est sorti grâce à son entêtement, sa persévérance, et aussi grâce à quelques médecins honnêtes, et à des juges clairvoyants.

En 2002, Christophe Bellan, 41 ans est un gendarme « normal ». Il a un niveau d’études secondaires. Il a effectué son service national dans les paras. Il est bien noté, et n’a pas la qualification d’officier de police judiciaire. Il sert au groupe de commandement de la compagnie de gendarmerie de Parthenay dans les Deux Sèvres, à la fois responsable « Logistique » et chauffeur du commandant de compagnie.

 

Tout commence le samedi 16 novembre dans la soirée. Il est de permanence et conduit l’officier adjoint, un lieutenant, sur une intervention extrêmement sensible. Un forcené, qui a tué deux personnes – on en aura la confirmation plus tard- s’est retranché dans une grande maison d’un village et y a mis le feu.

Quelques instants après l’arrivée sur les lieux, Christophe Bellan entend une fusillade située dans la cour de la maison et, réflexe d’ancien para, il fonce malgré la fumée. Il constate alors qu’un homme, le forcené, git sur le sol manifestement touché de plusieurs projectiles. Les trois gendarmes présents, dont un est manifestement ivre, s’apprêtent à tirer de nouveau sur lui. Christophe Bellan, sans arme, saute sur le forcené pour le maîtriser et lui éviter de se faire tirer dessus. Ses trois camarades se retirent et il va rester seul avec le forcené, qui se débat, pendant de longues minutes, jusqu’à ce que la maison explose et qu’un médecin arrive
sur les lieux. La vie du forcené est sauvée et il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en juin 2005. Un peu plus tard, c’est Christophe Bellan, qui désarme son camarade du PSIG, qui a tiré huit fois sur le forcené armé d’un couteau, et qui remet l’arme pour saisie au directeur d’enquête.

L’intervention de Christophe Bellan n’a pas été appréciée. Il n’en recevra donc aucune reconnaissance. Bien au contraire, on le regarde de travers. Si le forcené était mort, il n’y aurait ni enquête, ni procès. Il raconte le briefing du capitaine pour que la même version soit  servie aux enquêteurs de la section de recherches. En termes juridiques, cela est susceptible de s’appeler une subornation de témoins. Christophe Bellan va ruminer pendant de longs mois ce qu’il a vu, entendu. Il va souffrir des tentatives de culpabilisation des uns et des autres : « t’avais qu’à le laisser crever ».

Christophe Bellan a indéniablement beaucoup de mérites, mais il a eu grandement tort de taire sa vérité pour « protéger la gendarmerie ». Il va le regretter. C’est donc logiquement et humainement qu’il il va « péter un plomb » en septembre 2003. C’est ce qu’on appelle une décompensation post-traumatique.

Ensuite, il raconte avec sincérité ses hospitalisations, ses démarches pour que l’imputabilité au service de son préjudice soit reconnue, sa mise à l’écart, les pressions, les dysfonctionnements, etc…jusqu’à la décision définitive.

Christophe Bellan a quitté l’uniforme et profite de sa retraite depuis fin 2011. Il a obtenu gain de cause pour sa pension d’invalidité. Il a poursuivi sa thérapie par l’écriture de ce livre indispensable pour comprendre comment tout peut basculer du jour au lendemain.

La lecture du Paria ne peut laisser indifférent. Elle pose même beaucoup de questions sur le commandement, l’organisation, la fragilité humaine face à la violence, la souffrance au travail. On espère que la gendarmerie tirera des leçons de l’ouvrage de Christophe Bellan et que sur le plan individuel, les militaires engagés dans des opérations comprendront qu’ils ne doivent compter que sur eux-mêmes et sur les ressources du droit pour se sortir de situations délicates ou difficiles.

L’Adefdromil est également prête à les y aider.



08/10/2013
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